Les fiches de poste publiques utilisent presque toutes la même formule : “animer la CPTS, contribuer à la mise en œuvre des missions ACI, faire le lien avec les institutions partenaires”. Cette description ne donne aucune indication concrète sur la répartition réelle du temps de travail.
Cette analyse s’appuie sur une lecture transversale des descriptions de poste publiées par les CPTS sur le site de la FCPTS et sur Indeed (mai 2026), complétée par les retours de coordinateurs en poste partagés en webinaires publics et sur les forums professionnels.
La semaine type, dans les grandes lignes
Aucune semaine ne ressemble à une autre, mais la moyenne raisonnable sur un temps plein se répartit ainsi :
et réunions
administrative
et reporting
territoriale
direct
Ces ratios évoluent fortement selon la maturité de la CPTS. En phase de structuration (avant signature ACI), le bloc administratif domine largement. En régime de croisière, l’animation et le pilotage prennent le dessus. En activation de la mission situation sanitaire exceptionnelle, l’opérationnel absorbe l’ensemble du temps de coordination pendant deux à trois semaines, le reste attend.
Mission 1 : animer le projet de santé et les groupes de travail
C’est la mission centrale et la plus visible, mais aussi la plus mal comprise par les recruteurs.
Animer ne veut pas dire “présenter un PowerPoint en réunion”. Animer veut dire :
- Préparer chaque réunion (ordre du jour calé avec le président, documents partagés en amont, salle ou visio prête)
- Faire parler les bons participants au bon moment, faire trancher quand un sujet stagne, distinguer les décisions des intentions
- Rédiger un compte rendu utilisable (pas un verbatim de 6 pages que personne ne lira)
- Relancer entre les réunions les pros à qui une action a été assignée
- Repérer les sujets qui stagnent et alerter le président avant que la situation ne se politise
Compter en moyenne 2 à 4 réunions par semaine en phase normale, et plus en phase de structuration ou de relance d’un groupe.
Les groupes de travail thématiques (un par mission socle souvent, plus parfois un groupe communication, un groupe protocole, etc.) doublent ce volume. Selon les CPTS, le coordinateur anime tous les groupes ou seulement certains, le reste étant porté par un référent professionnel.
Mission 2 : tenir la machine ACI
L’ACI a deux dimensions très distinctes.
Du côté contractuel, il faut préparer les pièces, suivre la conformité du dossier auprès de la CPAM, gérer les avenants, tenir la comptabilité analytique des dépenses ACI (la dotation est fléchée). C’est la partie où le coordinateur travaille seul devant un tableur, parfois avec l’expert-comptable.
Du côté des indicateurs, l’exercice est plus exigeant. L’ACI rémunère à la performance. La CPTS doit produire chaque année des chiffres sur ses missions : nombre de patients orientés, taux de couverture du territoire, nombre de réunions, etc. Ces chiffres sont rarement disponibles automatiquement. Le coordinateur passe beaucoup de temps à solliciter chaque professionnel pour remonter ses chiffres, à recouper, à mettre en forme.
C’est l’une des sources d’épuisement les plus citées. Quand un coordinateur dit “je passe trois jours par mois sur Excel”, c’est généralement ici. Les CPTS qui s’équipent d’un outil tiers pour les missions concrètes (annuaire, orientation) gagnent souvent ces données automatiquement et soulagent le coordinateur d’autant.
Mission 3 : faire vivre l’annuaire interne et l’orientation des patients
Cette mission n’est pas dans les fiches de poste types, et c’est un signal. Elle apparaît dans les fiches de CPTS plus matures, et elle est souvent celle qui prend le plus de temps quand elle existe.
Concrètement :
- Maintenir un fichier des professionnels de santé membres ou partenaires de la CPTS (nom, spécialité, adresse, téléphone, secteur conventionnel, dispos pour soins non programmés). Ce fichier change en permanence. Un médecin qui prend sa retraite, un kiné qui ouvre un cabinet, un infirmier qui change ses jours de permanence.
- Répondre aux appels des patients orientés vers la CPTS (souvent depuis le 3237, depuis l’ARS, depuis des cabinets qui ne prennent plus). Identifier le besoin, trouver un pro disponible et géographiquement cohérent, transmettre les coordonnées.
- Documenter chaque orientation pour le reporting ACI.
Sans outil, c’est entre 30 minutes et 2 heures par jour. Avec un outil dédié, c’est quelques minutes par appel et un reporting automatisé. La différence sur un an est considérable.
Mission 4 : représenter la CPTS à l’extérieur
Le coordinateur n’a pas le mandat politique du président, mais il est souvent l’interlocuteur opérationnel des autres acteurs du territoire :
- L’ARS (référent CPTS de l’ARS, animation régionale, plans de santé territoriaux)
- La CPAM (référent CPTS, RAG, indicateurs)
- L’URPS, le conseil de l’ordre, les unions départementales
- Les autres structures d’exercice coordonné : MSP, ESS, DAC, hôpitaux, EHPAD, services médico-sociaux
- Les élus locaux et les municipalités quand des projets territoriaux croisent la CPTS
Cela représente plusieurs réunions par mois en moyenne, plus des sollicitations ad hoc. Sur certains territoires (urbains denses, ruralités spécifiques), ces contacts deviennent une partie majeure du poste.
Mission 5 : la communication, version réaliste
De nombreuses fiches mentionnent “communication interne et externe”. Le périmètre concret recouvre :
- Une newsletter aux adhérents (mensuelle ou bimensuelle)
- Un site web simple à maintenir (souvent WordPress) avec quelques pages clés
- Parfois un compte LinkedIn ou Facebook
- Des supports patients pour expliquer la CPTS et ses dispositifs (flyers, affiches en salle d’attente)
Cela n’a pas vocation à devenir un poste de communicant à temps plein. Mais cela prend une demi-journée par semaine en moyenne, plus des pics quand un dispositif se lance.
Les missions hors périmètre
Quatre zones grises où il est utile de poser une frontière dès l’embauche.
Ces frontières ne sont pas évidentes pour l’ensemble du bureau. Les rappeler en début de poste évite la majorité des dérives ultérieures.
Le piège des “missions transversales”
Une formulation revient dans plusieurs fiches : “et toute autre mission utile au bon fonctionnement de la CPTS”. Cette ligne est juridiquement banale et pratique pour l’employeur. Mais elle ouvre la porte à tout glissement.
Bonne pratique observée après trois mois en poste : noter l’intégralité des activités pendant deux semaines, par tranches de 30 minutes. Présenter ce constat au président et demander une priorisation explicite. La démarche n’est pas un acte de défiance mais une question d’organisation. La majorité des présidents y répondent bien quand la conversation est cadrée comme un sujet d’organisation, et non comme une remontée de mécontentement.
En résumé
Coordinateur de CPTS est un métier où aucune journée ne ressemble à la précédente, où la liste des tâches dépasse régulièrement les heures hebdomadaires disponibles, et où la valeur produite reste rarement visible dans l’immédiat. Les professionnels membres ne perçoivent pas le travail invisible (relances, comptes rendus, dossiers). Ils perçoivent la réunion qui se passe bien et le SMS d’orientation qui arrive rapidement chez le patient.
C’est un métier d’arrière-plan indispensable au fonctionnement de la CPTS. Bien outillé et bien cadré, le poste est tenable dans la durée. Mal outillé ou mal cadré, il devient une fonction de courte durée que les coordinateurs quittent en moyenne sous 18 mois.
Pour les CPTS où l’annuaire des pros et les appels patients sans médecin traitant absorbent une part importante du temps de coordination, Coordo automatise précisément ces deux missions. C’est l’unique périmètre couvert par l’outil.