Aucune convention collective unique ne couvre les coordinateurs de CPTS. Chaque association loi 1901 fixe sa rémunération en fonction de sa taille, de sa dotation ACI, et du marché local. Résultat : les écarts sont importants, et la question de la rémunération attendue se traite difficilement sans la décomposer en plusieurs paramètres.
Cette analyse s’appuie sur les 25 offres en ligne sur Indeed à fin avril 2026 pour le mot-clé “coordinateur CPTS”, complétées par les fiches de poste publiées sur le site de la FCPTS et sur les sites d’associations CPTS. L’échantillon est partiel mais représentatif du marché à date.
La fourchette globale
Sur l’ensemble des offres temps plein analysées :
(junior, petite CPTS)
(profil intermédiaire)
(senior ou directeur)
En net mensuel, cela donne approximativement :
- Plancher : 1 800 € net / mois
- Médiane : 2 300 € net / mois
- Plafond : 3 200 € net / mois
Pour un temps partiel (un peu plus du tiers des offres), les rémunérations sont au prorata : à 21h hebdomadaires (mi-temps + 1h), comptez environ 1 100 à 1 400 € net mensuel.
Ce qui fait varier le salaire
Quatre facteurs expliquent l’écart de 22 000 € entre le plancher et le plafond :
1. La taille du territoire couvert (et donc la dotation ACI)
L’ACI module la dotation de structuration en fonction de la population couverte par la CPTS. Plus la CPTS est grande, plus elle dispose de moyens pour rémunérer la coordination.
- CPTS de moins de 40 000 habitants couverts : dotation typique 50 000 à 90 000 € annuels au démarrage. Le poste de coordinateur est souvent à temps partiel, et le salaire annuel équivalent temps plein dépasse rarement 32-35 k€ brut.
- CPTS de 40 000 à 100 000 habitants : dotation 100 000 à 175 000 € annuels. Coordination temps plein, rémunération typique 34-42 k€ brut.
- CPTS de plus de 100 000 habitants : dotation 175 000 à 250 000 € annuels. Souvent un coordinateur senior à 42-50 k€, parfois un binôme avec un assistant ou chargé de mission.
2. L’expérience et la nature du dernier poste
Une coordinatrice qui sort d’un master 2 santé publique sans expérience pro démarre presque toujours autour de 28-32 k€. Une personne qui arrive d’un poste équivalent en MSP, en ARS, ou en URPS peut négocier 38-45 k€ d’entrée.
L’origine “système de santé” fait monter le salaire d’entrée. À l’inverse, un profil de chef de projet généraliste, même brillant, démarre souvent en bas de fourchette parce que la CPTS prend le risque de la formation au secteur.
3. Le statut (cadre ou non)
Les CPTS qui rattachent leur coordinateur à une convention collective (souvent celle des associations sanitaires et sociales, parfois la convention Syntec quand le profil est plus chef de projet) versent un salaire et donnent un statut. Une partie significative des CPTS, notamment les jeunes, fonctionnent en gré à gré sans convention rattachée, ce qui rend les comparaisons plus difficiles.
Le passage au statut cadre s’accompagne souvent d’un saut de 4 à 6 k€ brut annuel et d’une amélioration des congés et de la prévoyance.
4. La région et le coût de la vie local
L’effet est moins fort que dans le privé classique, mais réel. Une CPTS en Île-de-France ou en région lyonnaise paie 5 à 10 % de plus à profil équivalent qu’une CPTS rurale en Bourgogne ou en Occitanie. La différence ne compense pas toujours le coût de la vie, ce qui rend le recrutement parfois difficile en zone tendue.
Ce que les offres ne montrent pas (et qu’il faut négocier)
Plusieurs avantages chiffrables ne figurent pas toujours dans la rémunération brute affichée.
Sur l’ensemble de ces éléments, l’écart entre une CPTS attentive aux conditions de travail de son coordinateur et une CPTS qui ne l’est pas représente 3 000 à 5 000 € de bénéfice indirect annuel.
La trajectoire salariale typique sur 3 ans
Trajectoire observée sur les fiches de poste de coordinateurs en poste depuis plusieurs années.
Première embauche, profil junior à intermédiaire.
Ajustement si la CPTS grossit ou signe son ACI dans l'année.
Passage potentiel au statut cadre si responsabilités élargies.
Cette trajectoire suppose une croissance de la CPTS. Quand la CPTS reste stable en taille, le salaire stagne, et beaucoup de coordinateurs choisissent de rejoindre une CPTS de plus grande taille, une fédération régionale ou une URPS.
Comment se positionner en entretien
Trois recommandations issues des retours de coordinateurs en poste.
D’abord, demander la dotation ACI annuelle de la CPTS avant d’aborder le salaire. L’information est publique, parfois consultable dans les comptes de l’association. Elle donne le plafond budgétaire dans lequel le bureau doit rester.
Ensuite, viser un tiers à la moitié de la dotation de coordination. L’ACI fléche historiquement environ 30 à 50 % de la dotation de structuration vers les frais de personnel. Au-delà, le bureau peine à équilibrer le reste (frais administratifs, communication, outils).
Enfin, ne pas raisonner uniquement sur le brut affiché. Une CPTS qui propose 32 k€ brut avec télétravail, budget formation 1 500 €/an, mutuelle et remboursement des frais réels représente une meilleure offre qu’une CPTS à 36 k€ sec dans une zone tendue avec 1h de transport quotidien.
En résumé
Le marché du coordinateur CPTS est sensiblement aligné avec les rémunérations du chef de projet associatif sanitaire et social, avec une médiane à 36 k€ brut annuel pour un temps plein. Les écarts viennent surtout de la taille de la CPTS, et secondairement de l’expérience.
Le poste reste rarement le mieux rémunéré d’un parcours professionnel, mais il offre une autonomie et une variété d’activités peu fréquentes. Pour les profils cherchant à comprendre l’écosystème de la santé de l’intérieur, le poste constitue l’un des points d’observation les plus complets en France à ce jour.