Article

RGPD et annuaire CPTS : stocker, diffuser, conserver

Publié le 28 juillet 2026 · Lecture : 7 min

Le RGPD revient à chaque fois qu’une CPTS structure son annuaire, souvent sous une forme anxieuse et imprécise. Deux réflexes opposés se rencontrent : ne rien noter par prudence, ou tout noter en se disant qu’il s’agit de données professionnelles donc sans enjeu. Les deux sont faux.

Cet article pose le cadre applicable à un annuaire de professionnels de santé et les décisions concrètes qu’une CPTS doit prendre.

Un annuaire professionnel n’est pas un fichier de santé

C’est la clarification la plus utile, parce qu’elle détermine tout le reste.

Le nom d’un médecin, sa spécialité, l’adresse de son cabinet et son téléphone professionnel sont des données personnelles ordinaires. Elles concernent une personne physique identifiée, donc le RGPD s’applique. Mais ce ne sont pas des données de santé au sens de l’article 9 du règlement, qui vise les informations relatives à l’état de santé d’une personne.

La conséquence pratique est double. D’un côté, la CPTS ne peut pas considérer que son annuaire échappe au RGPD sous prétexte qu’il est professionnel : registre, information et droits des personnes s’appliquent pleinement. De l’autre, elle n’est pas soumise à l’obligation d’hébergement certifié HDS pour cet usage, ce qui simplifie considérablement le choix d’un outil.

La bascule se produirait si l’annuaire commençait à enregistrer des informations sur des patients ou des motifs médicaux. Ce n’est pas sa fonction, et il n’y a aucune raison de l’y mêler.

Les quatre décisions à prendre

La finalité

Elle doit être écrite et précise. « Coordination des professionnels de santé du territoire de la CPTS, orientation des patients et organisation des parcours pluriprofessionnels » convient. « Gestion de l’annuaire » ne convient pas — c’est une description du moyen, pas de l’objectif.

La finalité borne ce qu’on peut collecter. Un champ qui ne sert aucune de ces trois finalités n’a pas à figurer dans la base, même s’il serait intéressant à avoir.

La base légale

Deux options réalistes.

L’intérêt légitime est la plus adaptée dans la majorité des cas. La coordination des soins sur le territoire relève de l’objet statutaire de la CPTS ; elle suppose de savoir qui exerce et comment le joindre. Cette base doit être documentée par un test de mise en balance — un paragraphe suffit — qui expose l’intérêt poursuivi et pourquoi il ne porte pas une atteinte disproportionnée aux droits des professionnels.

Le consentement paraît plus protecteur et se révèle plus fragile. Un consentement doit pouvoir être retiré aussi facilement qu’il a été donné : un professionnel qui le retire oblige à supprimer sa fiche sur-le-champ, y compris si la CPTS en a besoin pour orienter. Le retenir suppose d’accepter cette conséquence.

Le périmètre des champs

Le principe de minimisation demande de ne collecter que ce qui sert la finalité. En pratique, c’est un excellent garde-fou contre la dérive du nombre de colonnes.

Le socle qui se justifie sans discussion : identité, profession et spécialité, structure et adresse d’exercice, téléphone professionnel, adresse MSSanté, date de dernière validation.

Les champs qui demandent un examen : un numéro de portable personnel, une adresse mail personnelle, des informations sur les jours d’absence. Ils peuvent être légitimes si la coordination l’exige, mais ils supposent que le professionnel sache qui y accède.

Les champs à écarter : tout ce qui relève de la vie privée, et tout jugement de valeur sur un confrère. Une note libre où quelqu’un a écrit « ne répond jamais » est une donnée personnelle, et son auteur serait mal à l’aise de la voir communiquée à l’intéressé — ce qui est pourtant un droit.

Les niveaux de diffusion

C’est la décision qui doit remonter au bureau, parce qu’elle est politique autant que juridique. Trois niveaux à distinguer :

1 Entre adhérents

Le plus large. Peut inclure les coordonnées directes utiles à la coordination entre pairs.

2 Partenaires du territoire

Hôpital, ARS, structures. Transmettre l'extraction nécessaire, pas la base entière.

3 Public

Le plus restreint. Coordonnées professionnelles déjà publiques uniquement.

Le point à ne pas manquer : le professionnel doit connaître le niveau applicable à sa fiche au moment où il la valide, pas après. C’est ce qui rend son accord informé et ce qui évite les demandes de retrait rétroactives.

L’information des professionnels

Elle est due quelle que soit la base légale retenue. Elle tient en un paragraphe, à faire figurer là où le professionnel voit sa fiche.

Le contenu attendu : qui est responsable du traitement (la CPTS, avec ses coordonnées), pourquoi ces données sont collectées, sur quelle base légale, qui y accède, combien de temps elles sont conservées, et comment exercer ses droits d’accès, de rectification et d’opposition.

Le moment le plus efficace pour la délivrer est la campagne de validation. Le professionnel a sa fiche sous les yeux, la mention est lue en contexte, et l’accusé de lecture est implicite.

La conservation

C’est le manquement le plus répandu et le plus facile à corriger : les CPTS gardent indéfiniment les fiches de professionnels partis à la retraite ou hors du territoire.

La règle est simple. Une fiche sort de l’annuaire actif dès le départ constaté. Si la CPTS souhaite conserver une trace — pour un historique d’activité, par exemple — cette conservation doit avoir une durée définie et une justification, et les données archivées ne doivent plus être consultables dans l’usage courant.

Fixer la durée une fois, l’inscrire au registre, et purger à l’occasion de chaque campagne de validation. C’est le moment naturel : on y constate les départs de toute façon.

Le registre des traitements

L’annuaire y figure comme un traitement à part entière, avec sa finalité, sa base légale, les catégories de personnes et de données, les destinataires, la durée de conservation et les mesures de sécurité.

Une CPTS qui n’a pas de registre en a besoin pour bien d’autres raisons que l’annuaire. Si elle en a un, y ajouter l’annuaire prend une demi-heure.

Le DPO — mutualisé dans beaucoup de CPTS, parfois porté par une structure d’appui régionale — est le bon interlocuteur pour valider le tout. Le solliciter avant de choisir un outil plutôt qu’après évite les changements de solution à six mois, situation que plusieurs CPTS ont connue.

Ce qu’il faut demander à un éditeur

Trois questions écrites, avant signature :

  • Où sont hébergées les données ? La réponse attendue est la France ou l’Union européenne, avec le nom de l’hébergeur.
  • L’outil traite-t-il des données de santé ? Pour un annuaire, la réponse doit être non. Si l’éditeur hésite, comprendre pourquoi.
  • Comment récupérer l’intégralité des données et comment obtenir leur suppression ? Un export en CSV ou Excel disponible à tout moment, sans frais et sans intervention de l’éditeur.

Ces réponses alimentent directement le registre et le dossier de revue annuelle.

Pour aller plus loin

L’annuaire CPTS de Coordo est hébergé en France, ne traite aucune donnée de santé et affiche à chaque professionnel la mention d’information au moment où il valide sa fiche.

Questions fréquentes

Les questions le plus souvent posées sur ce sujet.

Un annuaire de professionnels contient-il des données de santé ?
Non. Le nom, la profession, l'adresse d'exercice et le téléphone professionnel d'un praticien sont des données personnelles ordinaires, pas des données de santé. La qualification change si l'annuaire enregistre des informations sur des patients ou des motifs médicaux, ce qui n'est pas sa fonction.
Un annuaire CPTS doit-il être hébergé chez un hébergeur certifié HDS ?
Non, pas pour cet usage. L'obligation HDS s'applique aux traitements de données de santé. Un annuaire professionnel n'en contient pas. L'hébergement en France ou dans l'Union européenne reste attendu, et il est devenu le standard du secteur.
Quelle base légale retenir pour l'annuaire ?
L'intérêt légitime de la CPTS convient dans la plupart des cas, la coordination des soins sur le territoire relevant de son objet statutaire. Le consentement est envisageable mais il se révèle fragile à l'usage : un professionnel qui le retire oblige à retirer sa fiche immédiatement.
Faut-il l'accord d'un professionnel pour le faire figurer dans l'annuaire ?
Un accord formel n'est pas systématiquement requis si la base légale retenue est l'intérêt légitime, mais l'information l'est toujours. Le professionnel doit savoir que sa fiche existe, ce qu'elle contient, qui la consulte et comment demander une correction ou un retrait.
Combien de temps conserver la fiche d'un professionnel parti ?
Retirer la fiche de l'annuaire actif dès le départ constaté. Une conservation en archive au-delà doit être justifiée par une obligation précise et bornée dans le temps. Garder indéfiniment des fiches de professionnels partis est le manquement le plus courant, et le plus simple à corriger.

Coordo, le logiciel des CPTS

Annuaire des pros et orientation des patients, en un seul outil

Vous coordonnez une CPTS ? Coordo gère votre annuaire interne et l'orientation des patients sans médecin traitant. Démo en 20 minutes, sans engagement.